Vendredi 3 octobre 2008
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Ma petite valise à la main, j'arrivais devant une grande bâtisse grise, qui ne donnait pas envie de frapper à la porte. La femme qui m'ouvrit portait une sorte de chasuble grise et un voile noir.
Un trousseau de clés pendait contre sa robe àttaché à une ceinture faite d'un épais cordon blanc. Je remarquais ses yeux bleus très pâles et son sourire chaleureux en contradiction avec ses lèvres
pinçées lorsqu'elle ne souriait pas. Elle me dit s'appeler soeur Madeleine et être soeur tourière, mais j'ignorais ce que celà voulait dire.
Son accueil fut aimable et compréhensif. Elle me posa quelques questions sur la situation dans laquelle j'étais et ce que je savais faire. Elle m'annonça que je pouvais être hébergée et
nourrie pendant deux mois, mais que je devais tout faire pour trouver du travail en passant par un organisme spécialisé. Le déjeûner était à midi, le dîner à sept heures.
Conduite par elle, je me retrouvais dans une petite chambre qui me semblait être un palais en comparaison du dessous de l'escalier, chez ma tante. Ma fenêtre donnait sur une sorte de jardinet
en friche, entouré de murs. Mais voir un peu de verdure évoquait, pour moi, la vue que j'avais de ma chambre à la ferme. J'eus envie de pleurer. Je me sentais désemparée, sans savoir où et vers qui
me trourner.
Je pensais à Ludovic et à son petit bout de chair flasque sortant de son pantalon et qui avait provoqué ma fuite. Pourtant, j'aurais aimé le revoir, mettre mes bras auttour de son cou, sentir
sa barbe rêche contre ma joue. C'était la seule personne qui m'ait manifesté de la tendresse, depuis que j'avais quitté ma mère !
Oncle Fernand et tante Suzanne m'avait accueillie simplement parce que j'étais leur nièce, et que j'allais pouvoir leur servir de vendeuse sans avoir à me payer, mais ce n'était pas la rendresse
qui les étouffait.
A midi, une cloche sonna et je devinais que ce devait être pour annoncer le repas. J'errais un peu avant de trouver le réfectoire. Une grande salle avec des tables couvertes de toile cirée et
longées par des bancs de bois massif. Une vingtaine de femmes étaient déjà installées. Je m'asseyais en bout de table. Aussitôt rejointe par une fille d'une vingtaine d'années; je n'en avais que
dix sept. Assez petite, brune, les cheveux coupés presque ras, avec des yeux verts pailletés d'or, et un joli visage au nez et aux lèvres fines.
-"Alors c'est toi la nouvelle ! Moi c'est Narhalie. je suis orpheline, les soeurs m'ont recueillie à la mort de ma mère. je les aide à la cuisine et au jardin, mais je prends des cours pour faire
coiffeuse. Cà me plairait bien de réussir mes examens et de travailler dans un salon. Ici on est gentil avec moi, un peu trop même pour certaines comme soeur Armelle et soeur Sophie. mais je laisse
faire, çà me donne un peu de chaleur, enfin tu verras !
Si tu veux, on pourrait devenir amie. je te raconterais ma vie et tu pourrais me parler de la tienne. les confidences çà tient chaud au coeur et, parfois, çà fait rêver. Enfin si tu veux, après le
dîner et l'office je viendrais dans ta cellule, et on poura parler ! Allez, on m'attend à la cuisine, il faut que j'y aille, à ce soir !
La soirée se prolongeait, et Valentine, maintenant qu'elle était lancée, se montrait intarissable. Jérôme écoutait, assez fasciné par cette verve avec laquelle la jeune femme se racontait, et par
le fait qu'évoquer sa vie lui donnait une sorte d'aura qui le rendait presque belle ! Sur la table, une dizaine de petites boulettes de mie de pain encadrait son assiette. La bouteille de vin était
vide et il commen çait à avoir envie d'aller se coucher !